Ce que personne ne voit...
Je descends les escaliers qui mènent à ma salle de soin.
Il reste une trentaine de minutes avant qu’une femme pousse cette porte.
Je me demande souvent à quoi elle pense à cet instant précis.
Est-elle stressée ?
Curieuse ?
Sceptique ?
A-t-elle peur de ce qu’elle pourrait entendre ?
Ce qui est certain, c’est qu’elle imagine probablement que, de mon côté, je sais déjà exactement comment va se dérouler notre rencontre.
Que je suis prête.
Connectée.
Alignée.
Que je vais simplement m’installer et recevoir les messages.
La vérité est tout autre.
À chaque soin, le même doute revient.
Toujours.
« Est-ce que je vais y arriver ? »
Est-ce que je vais réussir à canaliser aujourd’hui ?
Est-ce que les informations vont venir ?
Et si rien ne venait ?
Et si je me trompais ?
Et si ce que je recevais ne résonnait pas chez cette femme ?
Je crois que ces questions ne me quitteront jamais.
Et finalement…
Je n’ai plus envie qu’elles me quittent.
Parce qu’elles me rappellent que je ne suis pas là pour réciter quelque chose que je connais déjà.
Je ne sais jamais ce qui va se passer.
Chaque femme est différente.
Chaque énergie est différente.
Chaque histoire est différente.
Et c’est précisément cette inconnue qui continue de m’émerveiller.
Lorsque j’ouvre la porte de ma salle de soin, tout est déjà prêt.
La table de massage est installée avec soin.
Le plaid est soigneusement déposé.
Les coussins attendent leur place.
J’allume plusieurs bougies.
J’aime les bougies.
Certaines personnes les voient comme un simple élément de décoration.
Moi, elles me donnent l’impression que la pièce respire autrement.
Comme si leur lumière disait doucement :
« Tu peux déposer ce que tu portes. »
Avant l’arrivée de la consultante, je commence toujours par tirer une première carte.
Je suis assise près du petit pouf où elle prendra place dans quelques minutes.
Cette carte ne me raconte pas son histoire.
Elle me donne simplement une direction.
Une couleur.
Une vibration.
Elle me souffle vers quelle énergie nous allons tendre pendant ces deux heures que nous allons partager.
Puis je change de place.
Je m’agenouille devant ma petite table ronde.
C’est toujours là que tout commence vraiment.
Devant moi, il y a mes cartes.
Et surtout…
Mon bloc de feuilles blanches.
Je reste quelques instants à les regarder.
Elles sont complètement vides.
Comme moi.
À cet instant précis, je ne sais rien.
Et c’est parfois vertigineux.
Alors, je fais une chose toute simple.
J’écris un prénom.
Le prénom de la reine que je vais accueillir.
Pourquoi « reine » ?
Parce que je crois profondément que nous en sommes toutes une.
Certaines l’ont simplement oublié.
À peine son prénom apparaît-il sur la feuille…
Quelque chose s’ouvre.
Je ne sais pas vraiment comment l’expliquer.
Un mot arrive.
Puis un deuxième.
Puis une phrase entière.
Je n’ai pas besoin de réfléchir.
Je n’ai pas besoin de chercher.
Je me contente d’écrire.
Les cartes viennent parfois confirmer ce que je reçois.
J’aime particulièrement tirer l’animal qui accompagnera le soin.
Je pourrais presque sourire en écrivant ces lignes, tant je suis encore émerveillée par leur justesse.
À chaque fois, son énergie raconte exactement ce que la consultante est prête à rencontrer.
Pas ce que moi, j’aimerais lui montrer.
Pas ce que je pense être important.
Seulement ce qui est juste pour elle.
C’est peut-être cela qui me touche le plus.
Parce que le soin ne m’appartient déjà plus.
Je ne décide pas de ce qui sera dit.
Je ne décide pas de ce qui sera libéré.
Je ne décide même pas de ce qui sera compris.
Je suis simplement le pont.
J’aime dire, avec beaucoup de tendresse, que je suis la secrétaire de là-haut.
Je prends les messages.
Je les retranscris.
Je les transmets.
Rien de plus.
Puis je regarde l’heure.
La demi-heure est déjà passée.
Je souffle doucement.
Je remercie.
Merci de mettre autant de magie dans ma vie.
J’aime ce mot.
Parce que pour moi, la magie, c’est l’âme qui agit.
Je ferme mon carnet.
J’ouvre la porte.
Et j'accueille une femme qui ignore sans doute que, quelques minutes plus tôt, j'étais assise devant une feuille blanche… à me demander si j'allais être à la hauteur.
Et pourtant…
Je crois que c’est précisément ce doute qui me permet de rester profondément humaine.
Il me rappelle que je ne détiens aucune vérité.
Que je ne possède aucune baguette magique.
Que je ne suis pas là pour impressionner.
Je suis simplement une femme qui accepte d’entrer dans l’inconnu avec une autre femme.
Main dans la main.
Le cœur grand ouvert.
Et, à chaque fois, je trouve cela profondément beau.
J'écris le prénom... et la magie opère.
Moi, ce que j'ai compris avec le temps
Si je regarde les premières années où j’ai commencé à pratiquer des soins, je souris.
Je pensais qu’avec le temps, je finirais par ne plus douter.
Je pensais qu’un jour, j’entrerais dans ma salle de soin avec une confiance absolue.
Que les messages arriveraient toujours avec la même fluidité.
Que je n’aurais plus jamais peur de me tromper.
Aujourd’hui, je sais que ce jour n’arrivera probablement jamais.
Et c’est très bien ainsi.
Le doute n’est plus mon ennemi.
Il est devenu un garde-fou.
Il m’empêche de croire que je détiens une vérité.
Il me rappelle que je ne suis pas là pour convaincre.
Je suis là pour transmettre.
J’ai longtemps cru que je devais être parfaite.
Recevoir toutes les informations.
Ne rien oublier.
Tout comprendre.
Aujourd’hui encore, lorsque la porte se referme derrière une consultante, il m’arrive de repenser au soin.
Je retire les draps de la table de massage.
J’allume du palo santo ou de la sauge.
Je remercie là-haut pour leur présence.
Puis le silence revient.
Et parfois, une petite voix aussi.
« Est-ce que j’étais suffisamment connectée ?
Est-ce que j’ai laissé mon mental prendre trop de place ?
Est-ce que je suis passée à côté d’un message important ? »
Pendant longtemps, j’ai cru que ces questions révélaient un manque de confiance.
Aujourd’hui, je les regarde autrement.
Elles me rappellent simplement que je suis profondément investie dans ce que je fais.
Parce que derrière chaque soin, il y a une femme qui m’a confié une partie de son histoire.
Et cela mérite toute mon humilité.
Il m’arrive aussi de recevoir des informations plusieurs heures après un soin.
Alors j’envoie un message vocal.
Ou un exercice.
Jamais comme une obligation.
Toujours comme une proposition.
Parce qu’une chose est devenue essentielle pour moi au fil des années :
Je veux que chaque femme garde son libre arbitre.
Je ne veux pas que quelqu’un remette son pouvoir entre mes mains.
Je ne veux pas qu’une femme pense que je sais mieux qu’elle.
Au contraire.
Si elle est venue jusqu’à moi, c’est peut-être justement parce qu’une partie d’elle savait déjà.
Mon rôle n’est pas de décider à sa place.
Mon rôle est simplement d’éclairer un morceau du chemin.
Comme une amie qui marche à côté d’elle.
Qui lui tend le bras lorsque le sentier devient difficile.
Mais qui ne choisit jamais la direction à sa place.
Avec le temps, j’ai également compris une autre chose.
Le soin ne m’appartient pas.
Cette phrase m’accompagne chaque jour.
Je pourrais parfois avoir envie d’aller plus loin. De nettoyer davantage. De comprendre plus vite. De faire un immense « reset ».
Surtout lorsque je sens qu’une personne est très dans le contrôle.
Mais je n’en ai pas le droit. Parce que ce n’est pas moi qui décide.
Il y a ce que les guides choisissent de montrer.
Il y a ce que le corps est prêt à raconter.
Et il y a surtout ce que l’âme est prête à accueillir.
Je crois profondément que nous ne libérons jamais une blessure avant d’avoir les ressources nécessaires pour la regarder avec douceur.
Alors, parfois, un soin consiste simplement à remettre une personne dans son corps.
À nettoyer ses chakras.
À alléger ses corps subtils.
Et c’est déjà immense.
Même si, humainement, une partie de moi aimerait parfois aller beaucoup plus loin.
C’est sans doute là que les soins m’ont le plus transformée.
Ils m’ont appris à respecter le rythme du vivant.
Le mien.
Et celui des autres.
Aujourd’hui, je ne cherche plus à sauver qui que ce soit.
Je n’ai d’ailleurs jamais eu ce pouvoir.
Je me suis longtemps demandé quelle était ma mission.
Je pensais qu’elle consistait à soulager.
À nettoyer.
À libérer.
Aujourd’hui, je ne le crois plus.
Je crois que ma mission est beaucoup plus simple… et infiniment plus grande.
J’ai envie d’être cette femme qui en autorise une autre à se choisir.
Parce que je sais à quel point cela peut être difficile.
Choisir son cœur plutôt que la peur.
Choisir sa vérité plutôt que le regard des autres.
Choisir son intuition plutôt que ce que l’on attend de nous.
Je ne suis pas arrivée ici par hasard.
J’ai moi aussi cherché ma place.
J’ai moi aussi douté.
J’ai moi aussi voulu être à la hauteur.
Et je continue encore aujourd’hui.
La différence, c’est que je ne lutte plus contre ces doutes.
Ils me rappellent simplement que je suis vivante.
Qu’il y a un cœur derrière chaque soin.
Qu’il y a une femme derrière chaque message que je transmets.
Alors si, un jour, une femme quitte ma salle de soin en se disant :
« Aujourd’hui, je vais enfin me choisir. »
Alors le soin a fait bien plus que rééquilibrer une énergie.
Il a remis une femme au centre de sa propre vie.
Et je crois que c’est à cet endroit précis que commence la véritable guérison.
Parce que lorsqu’une femme se choisit, quelque chose de très beau se produit.
Elle recommence à rayonner.
Et sans même s’en rendre compte, elle offre silencieusement cette même permission à toutes les femmes qu’elle rencontrera.
C’est ainsi que je rêve de changer le monde.
Une femme.
Puis une autre.
Un cœur après l’autre.
Pour aller plus loin
Plus j’avance sur mon chemin, moins j’ai de certitudes.
Et, étonnamment, plus je suis en paix avec cela.
Il fut un temps où je voulais comprendre.
Comprendre pourquoi certaines personnes traversent tant d’épreuves.
Pourquoi certains enfants naissent dans la violence quand d’autres grandissent entourés d’amour.
Pourquoi certaines femmes perdent un enfant alors que d’autres semblent traverser la vie avec plus de légèreté.
J’ai moi-même longtemps cherché un sens à certaines blessures. À mon interruption médicale de grossesse. À ma fausse couche. À ma grossesse extra-utérine.
Je me suis souvent tournée vers le ciel en demandant :
« Mais Pourquoi ? »
Pourquoi choisissons-nous des chemins si douloureux ?
Pourquoi une âme viendrait-elle expérimenter autant de souffrances ?
À qui cela sert-il ?
À elle ?
À ceux qui l’entourent ?
À quelque chose de plus grand que nous ne comprenons pas encore ?
Je n’ai pas la réponse.
Et je crois que personne ne l’a.
Longtemps, cette absence de réponse m’a frustrée.
Aujourd’hui, elle m’apprend l’humilité.
Elle m’apprend aussi que certaines questions ne sont peut-être pas faites pour être résolues.
Elles sont là pour nous faire marcher.
Pour nous faire grandir.
Pour nous garder vivants.
C’est aussi ce que les soins énergétiques m’ont enseigné.
Je ne suis pas là pour enlever les épreuves de la vie.
Je ne suis pas là pour promettre une existence sans blessures.
Je suis simplement là, à un instant donné, pour tendre la main à une femme qui a décidé d’avancer.
Parce qu’au fond, le soin ne change pas une vie.
Ce sont les choix que nous faisons ensuite qui la transforment.
Le jour où tu décides de poser une limite.
Le jour où tu demandes de l’aide.
Le jour où tu oses dire non.
Le jour où tu écoutes enfin ton intuition.
Le jour où tu choisis de te respecter.
Le jour où, malgré tes peurs, tu décides de te choisir.
C’est là que quelque chose commence à guérir.
Pas parce que tout devient facile.
Mais parce que tu ne t’abandonnes plus.
J’aime profondément cette idée que nous avançons tous à notre rythme.
Qu’il n’y a rien à forcer.
Rien à précipiter.
Une blessure ne s’ouvre que lorsque nous avons les ressources pour la regarder avec suffisamment d’amour.
Piste de réflexion
Si je devais te partager une chose, ce ne serait pas une méthode.
Ce serait une invitation. Celle de rester curieuse. Curieuse de toi. Curieuse de la vie. Curieuse de tout ce que ton âme cherche à te montrer.
Lorsque j’ai commencé à pratiquer les soins énergétiques, j’avais soif de comprendre ce qui m’arrivait.
Je lisais beaucoup. Je cherchais des réponses. Je voulais comprendre les ressentis, les messages, les énergies.
Parmi toutes mes lectures, les livres d’Agnès Stevenin ont occupé une place particulière.
Ils ne m’ont pas appris à faire un soin. Ils m’ont surtout rassurée.
En lisant ses récits, j’ai compris qu’il n’existait pas une seule façon de recevoir les informations. Une seule façon de canaliser.Une seule façon d’être énergéticienne.
Nous sommes tous différents. Nous avons tous une sensibilité différente. Une manière unique de ressentir.
De percevoir. De transmettre. Et c’est une immense richesse.
Pendant longtemps, j’ai cru qu’il fallait faire « comme il faut ».
Aujourd’hui, je crois qu’il faut surtout faire « comme son cœur le sent ».
C’est aussi pour cette raison que je donne rarement des protocoles tout faits.
Je peux te proposer une piste.
Une bougie. Une lettre. Un dessin. Du gros sel. Une méditation.
Mais je ne te dirai jamais :
« C’est comme cela qu’il faut faire. »
Parce que je ne le crois pas.
Le rituel n’est pas magique.
C’est l’intention qui l’est.
Tu peux allumer une simple bougie et vivre une profonde libération.
Tu peux aussi reproduire à la perfection le plus beau des rituels… sans que rien ne change.
La différence ne se trouve pas dans le geste.
Elle se trouve dans l’endroit d’où tu le poses.
Pour moi, tout commence dans le cœur.
L’amour est la plus grande des énergies.
Lorsque tu agis avec un cœur sincère, quelque chose se met naturellement en mouvement.
J’ai aussi compris une autre chose avec le temps.
La médiumnité n’est pas un diplôme que l’on obtient un jour.
C’est un chemin. Un entraînement. Une discipline intérieure. Une écoute de chaque instant. Je travaille ce lien tous les jours.
Je continue à apprendre.
Je continue à lire.
Je continue à me former.
Je continue à remettre ma pratique en question.
Parce que je crois profondément que le jour où je penserai avoir tout compris…
J’aurai cessé d’écouter.
Et je ne veux jamais perdre cette capacité d’émerveillement.
Celle qui me fait encore sourire lorsqu’une carte tombe avec une justesse incroyable.
Celle qui me fait retenir mon souffle lorsqu’un message arrive exactement au bon moment.
Celle qui me fait remercier là-haut après chaque soin.
Merci de mettre autant de magie dans ma vie.
Avant de terminer cette partie, j’aimerais te partager deux auteurs qui m’accompagnent encore aujourd’hui.
Agnès Stevenin, bien sûr, parce qu’elle m’a aidée à croire que l’on pouvait pratiquer avec sa propre sensibilité, sans chercher à entrer dans un moule.
Et Thomas d’Ansembourg. Ses livres ne parlent pas seulement de développement personnel.
Ils nous invitent à remettre de la poésie dans notre vie.
Parce que la poésie ouvre des espaces que les explications n’atteignent jamais. Elle nous reconnecte à notre cœur.
Et peut-être que les soins énergétiques, au fond, font exactement la même chose.
Ils ne nous demandent pas de devenir quelqu’un d’autre.
Ils nous invitent simplement à redevenir pleinement vivants.
Et si ce texte avait réveillé quelque chose en toi...
J’aimerais te dire une chose.
Sois douce avec toi.
Tu fais déjà de ton mieux.
Et ton mieux est suffisant.
Un pas après l’autre.
Toujours.
C’est apprendre à regarder autrement.
À ralentir.
À savourer les petits miracles du quotidien.
À écouter ce qui murmure plutôt que ce qui crie.
À remettre du vivant là où la vie est parfois devenue mécanique.
Je crois que les soins énergétiques m’ont appris exactement cela.
Ils ne m’ont pas apporté toutes les réponses.
Ils m’ont appris à aimer les questions.
À faire confiance au chemin.
À remercier pour les rencontres.
À m’émerveiller encore lorsqu’une âme s’ouvre.
Et surtout…
Ils m’ont appris que la plus belle guérison n’est peut-être pas de ne plus avoir de blessures.
Mais d’oser vivre avec un cœur qui reste ouvert malgré elles.
Alors, si je pouvais te laisser avec une seule phrase, ce serait celle-ci :
Sois fière de toi.
Parce qu’aujourd’hui, en lisant ces lignes, en prenant rendez-vous, en ouvrant un livre, en te questionnant ou simplement en respirant un peu plus consciemment…
Tu es peut-être déjà en train de faire le plus beau des choix.
Celui de te choisir.
Et crois-moi…
C’est souvent ainsi que la magie commence.

